MARION DU FAOÜET![]()
Le XVIIIe siècle commence misérablement en Bretagne.
A la famine s'ajoute la fièvre chaude qui décime la population.
Dans une famille bien pauvre du Faouêt, naît le 6 mai 1717 un troisième enfant, une fille comme on l'espérait.
S'ouvre alors un chapitre hors du commun de l'histoire de la Basse-Bretagne.
Un épisode digne des romans d'aventures, avec une jolie rousse dans le rôle principal.
Une brigande de grands chemins dont les exploits feront trembler l'honnête bourgeois, frémir les petites gens, et dont la vie s'achèvera sur la potence, un soir de mai 1755 à Quimper.
De Vannes à la pointe du Finistère, son nom est sur toutes les lèvres : Marie Tromel, dite Marion du Faouêt.
C'est probablement ici qu'Alain Barbetorte, vainqueur des Normands en 936, choisit de construire un donjon.
On raconte qu'à la naissance de la petite Marie, un chien aboya longuement cette nuit-là.
- «Il jappe aux étoiles»,
expliqua le père, Phélicien, en se versant une rasade de cidre.
- «ça veut dire que ta fille fera de grandes choses»,
ajouta la Naïk qui faisait office de sage-femme,
- «mais en mal car la lune n'est pas encore levée».
Certes, la matrone ne pouvait mieux dire.
Sur les pas du savetier Phélicien Tromel est ouvrier agricole et loue ses bras à la journée.
Un état de vie proche de l'indigence.
Gagner son pain est au sens propre le moteur de son existence. Vivre !
Très tôt Marion prend conscience, à sa manière, de cette absolue nécessité.
A l'âge de ses sept ans, elle chaparde aux étalages sur les marchés, rançonne garçons et filles de son âge, détrousse déjà les passants.
Néanmoins, c'est sur les routes que, quelques années plus tard, elle va donner la pleine mesure de ses talents, à l'exemple d'un savetier du pays reconverti dans le brigandage par la grâce du sieur de la Fontenelle de triste mémoire.
Bonne chrétienne, pour sûr elle l'est la Marion, mais autoritaire et rouée comme pas deux.
Avec ses yeux gris, sa chevelure flamboyante et son visage parsemé de taches de son, elle mène tout le monde à la baguette.
On la surnomme Finefont, ce qui signifie fine et rusée et Chef de bande.
Le Véhut est un petit village proche de la chapelle Sainte-Barbe, sur les bords de l'Ellée, à un kilomètre environ du Faouêt.
C'est là que, dans les premiers temps, la belle Marion va établir son quartier général et exercer sa coupable industrie.
Le jour, de porte en porte elle vend avec sa mère de la mercerie, soustrait au passage le gousset de quelque notable endimanché et la nuit cherche fortune à la tête d'une armée de gredins sans aveu.
Ils sont une douzaine à son service, corps et âmes dévoués.
Tous portent des sobriquets : le Corbeau, la Gargouille, le Renard...
Parmi eux se trouvent aussi ses frères, Joseph et Corentin.
Aux favoris du moment, elle accorde ses faveurs et fait la grâce de partager sa couche.
De ses amours passagères naîtront trois enfants.
Dénuée de scrupules, Marion se comporte en véritable chef de bande, malgré son incorrigible paresse.
Une fois repérée, sa victime est dépouillée par la meute au premier coup de sifflet.
Toutefois c'est à tort, semble-t-il, qu'elle sera accusée d'avoir du sang sur les mains.
A l'exception d'un pistolet dérobé, qu'elle porte à la ceinture et dont elle ne fait jamais usage, son arme préférée est le bâton.
Elle en joue avec dextérité pour amener à la raison les plus récalcitrants, y compris dans sa troupe pour mater une éventuelle rébellion.
Mieux vaut ne pas enfreindre son règlement.
Elle seule a le droit de disposer du butin et d'en effectuer la répartition. Magnanime, il lui arrive tout de même d'épargner les nantis de ce monde pour les besoins de sa cause, à charge de revanche naturellement.
Un bout de ruban tient lieu de sauf-conduit au bénéficiaire pour circuler à l'avenir librement.
Ripaille et libertinage ...vivre !
De cet impérieux besoin qui a marqué son enfance, Marion entretient d'une certaine manière le souvenir.
Mais le temps n'est plus pour elle de partager avec les siens une maigre pitance.
La libertine fait à présent bombance avec ses prises, se réservant la meilleure part.
Et si d'aventure l'argent ou la bonne chère vient à manquer, une expédition dans un poulailler ou sur un marché voisin y pourvoit.
D'avoir trop souffert de la faim, la fille de Phélicien est devenue en quelque sorte croqueuse de diamants.
Aussi est-ce en vain que la maréchaussée, une fois lancée à ses trousses, cherchera quelque trésor de guerre enfoui.
Marion n'amasse rien, le produit de ses rapines est dilapidé au jour le jour.
Au demeurant, la maréchaussée n'est guère pressée de se mettre en travers de son chemin.
La belle a plus d'un tour dans son sac.
Si les représentants de l'ordre sont personnellement à l'abri de ses représailles, du moins ont-ils tout à craindre pour les plaignants.
Un malheur est si vite arrivé par les temps qui courent.
Hélas pour Marion toute chose a une fin.
A peine a-t-elle touché la trentaine que déjà le vent commence à tourner.
Arrêtée avec quatre de ses complices, elle comparaît devant les juges d'Hennebont qui la condamnent à être fouettée et marquée au fer rouge.
La sentence sera exécutée à Rennes sur la place publique en 1746.
Après quoi elle recouvre la liberté.
Encore s'agit-il d'une liberté relative puisqu'assortie d'une interdiction de séjour dans son pays.
En prenant un bain dans l'étang de Priziac proche de chez elle, Marion fit la connaissance d'un certain Henri Pezron, dit Hangiven, qui devint le favori de son équipe.
Ils scellèrent leur pacte d'union en mélangeant leurs sangs devant la chapelle Saint-Fiacre un jour de pardon.
Mais la brigande n'en a cure.
Elle détient d'une bohémienne des pouvoirs surnaturels.
Bravant l'interdit, elle retourne donc au Faouêt, comme si de rien n'était.
Erreur fatale ! Car si elle peut toujours compter sur la fidélité de ses compagnons, en haut lieu ses protecteurs, soucieux de leur avenir, vont désormais lui tourner le dos.
Se sentant suivie, enceinte une deuxième fois elle se réfugie dans une maison d'Auray un soir de juin 1748.
Informée de sa présence, la maréchaussée la surprend en compagnie de sa fille et d'une autre jeune femme.
Transportée dans une auberge voisine, on découvre sur elle huit écus de six livres de provenance douteuse.
Un seul lui est laissé et elle accouche dans la nuit.
Ecrouée à Vannes le lendemain, elle saura toutefois trouver devant ses juges les mots qu'il faut pour être aussitôt libérée.
Quatre nouvelles années vont s'écouler avant qu'elle ne retourne en prison.
A Carhaix d'abord, à Quimper ensuite.
Mais ce bel oiseau n'est pas du genre à vivre en cage.
Elle s'en évade avec un de ses comparses, dans la nuit du neuf au dix septembre 1752, après avoir scié les barreaux de sa cellule.
Puis elle repart à l'aventure.
Cependant l'ombre du bras séculier de la Justice plane sur elle.
Marion se cache à Saint-Thois, Laz, Châteauneuf-du-Faou. Finalement elle est arrêtée à Nantes comme vagabonde. c'est le commencement de la fin.
Transférée à Quimper, la Finefont réintègre le cachot de la rue Obscure, une sorte de caveau aménagé dans le sous-sol d'une prison construite à l'angle de la rue Verdelet.
17 mai 1755.
Marion n'a plus que quelques heures à vivre.
Interrogée par le sénéchal de Silguy dans la Chambre criminelle située au premier étage de la prison, elle nie tous les faits qui lui sont reprochés.
Une bonne vingtaine au total, sans compter ceux dont le magistrat n'a pas connaissance.
Dès lors, la sentence est inévitable.
Marie Tromel est condamnée à être pendue et étranglée jusqu'à ce que mort s'ensuive.
On la fait monter dans une charrette pour la conduire aux lieux du supplice.
Il est six heures du soir.
La foule se presse pour la voir.
Elle est en chemise et porte trois cordes autour du cou.
Aucun signe de compassion sur tous ces regards qui la dévisagent.
Puis, la potence se dresse devant elle.
Le bourreau est là qui attend, un nommé Jacques Gloaêr.
Marion descend de la charrette.
Une cloche tinte au couvent voisin.
Un frère Cordelier se précipite, crucifix à la main, pour l'exhorter à la prière.
Elle ne l'entend pas. A-t-elle au moins quelque chose à dire ?
Oui ! Elle se repent publiquement.
Tout est consommé ! Ne reste plus qu'un corps pantelant qui se balance entre ciel et terre.
Celui de Marion du Faouêt.
Elle venait d'avoir trente huit ans.
LA LEGENDE DES DEUX SONNEURS NOIRS![]()
Article extrait de Musique Bretonne - Histoire des sonneurs de tradition aux éditions 'Le chasse-marée Armen' merci à eux !
C' est l'histoire deux bons garçons , deux sonneurs, honnêtes , pas méchants pour un sou bien qu'un peu ivrognes.
Ils avaient sonné à tour de noces qu'ils en étaient à confondre les cortèges des fils avec ceux de leurs pères.
L'un fêtait son 'bombard', l'autre son biniou.
Un soir, nos deux bons braves sonneurs s'étaient endormis dans le fossé qui borde la route de Quimper.
Un convoi de gardes passa, ils étaient à la recherche de deux voleurs... Triste sort car on pendit malheureusement nos deux gentils sonneurs et cela haut et court à la place des voleurs.
Le lendemain, des passants effrayés, clamèrent à tout le monde le malheur qui venait de frapper aux deux sonneurs que tout le monde aimait vraiment.
A cette époque, vers l'an 1700, une fièvre terrible régnait et emportait tous ceux qu'en étaient touchés.
On remarqua chose bizarre que ceux qui supportaient l'odeur des deux pendus et disaient des prières pour le repos de leurs âmes, étaient guéris !!!
Alors on vint en pèlerinage de toute part auprès des deux braves sonneurs. Puis enfin on les enterra dans un fossé du champ, là où se dressait les potences.
LE HÊTRE DU PONTHUS![]()
Un hêtre magnifique de plus de 300 ans quil vit au milieu de conifères, c'est un arbre de légende de la forêt de Paimpont qui fut planté par le chevalier Ponthus pour célébrer sa victoire face à l'ennemi sur les ruines d'un château détruit, jadis, par Dieu lui-même.
Le chevalier de Ponthus désespérait de ne pas avoir de progéniture. “Il me faut un enfant, qu'il vienne du diable ou de Dieu !”, s'écria-t-il du haut de la plus haute des tours de son château. Dieu fit la sourde oreille. Mais le diable , lui il a tout entendu !
Le Malin le prit au mot .
Au bout de ses neuf mois d'attente, à la faveur d'une éclipse de lune, la châtelaine accouchait d'un petit monstre velu.
Sitôt le petit diable sorti du ventre de sa mère, celui-ci sauta sur le haut d'une énorme armoire puis se cacha sous un buffet.
- “Sinistre et terrible présage !”
prédit la sage-femme avant de s'enfuir affolée en courant.
En ces temps là, il eu une terrible tempête qui venait de l'océan cependant elle épargna la forêt mais malheureusement détruisit le château qui fut emporté par une bourrasque et fini par s'écrouler sur ses habitants.
Le souffle de ce véritable apocalypse avait renversé les remparts pour ne plus que laisser place à un magnifique hêtre qui surplombe aujourd' hui encore les hauteurs de Brocéliande.
LES LAVANDIERES DU RAUCO![]()
Guillo, c'est le bon à rien du village, paresseux du soir au matin.
Il ne sait que boire et chanter après avoir bu.
Tout le monde le connaît à Tréhorenteuc.
Ce soir là, Guillo a le vent en poupe.
Il a passé toute la soirée au café du village et le voilà qui rentre chez lui, sous la pleine lune, en chantant à tue-tête.
La nuit est trop douce pour prendre le raccourci par les prés, aussi prend-il la route qui monte vers Trébottu.
Lorsqu'il arrive au petit pont sur le Rauco, le ruisseau qui descend le Val sans Retour, Guillo entend des bruits sourds,
des battements à sa gauche, près du moulin en ruine.
Il est intrigué alors il quitte la route et longe le ruisseau pendant un bon moment.
Il se heurte sur les souches, il trébuche sur les pierres, et il patauge dans la boue.
Là il aperçoit deux femmes vêtues de blanc agenouillées au bord du ruisseau.
Elles lavent un grand drap en le frappent de leur battoir.
Guillo, malgré l'ivresse n'en croit pas ses yeux : est-ce une heure pour laver du linge en pleine forêt ?
Qu' importe, il fait demi-tour mais alors qu'il repart, le voilà qui trébuche encore sur une grosse pierre puis enfin il tombe dans le ruisseau.
Les deux lavandières sursautent et se tournent vers lui.
Mon Dieu, quels visages ! La lumière blafarde de la lune éclaire ces visages qui semblent sans vie, aux traits durs et profonds et aux yeux
noirs et vides.
Guillo est terrifié, il bondit hors de l'eau mais le pauvre n'a pas le temps de fuir que l'une des femme lui crie :
- Approche ! Viens nous aider.
Guillo, comme pétrifié, s'approche cependant des lavandières en titubant.
Il lui est impossible de fuir tant la voix l'attire comme une guêpe sur une tartine de miel.
Les femmes lui tendent alors le drap qu'elles ont lavé ruissellant d'eau.
- Eh bien ! dit l'une d'elles, qu'attends-tu ? Aide nous à tordre ce drap.
Sans réfléchir, embrumé par les vapeurs d'alcool, Guillo saisit l'extrémité du drap.
A l'autre bout, les lavandières tordent le linge, mais il ne bouge pas et c'est avec peine qu' il parvient quand même à dire :
- Mais qui êtes-vous ? Et pourquoi lavez-vous ce drap en pleine nuit ?
- Nous lavons le linceul d'un homme qui doit mourir cette nuit. Si nous ne le faisons pas, le pauvre n'aura même pas un linceul pour son dernier voyage.
Sur le coup, Guillo prend ça pour une plaisanterie et il éclate de rire et il est finalement tellement bonne humeur, qu'il se met à tordre le drap de son côté.
Puis il tord le drap en le tournant de gauche à droite.
- Malheur ! s'écria l'une des femmes. Il a tordu le drap dans le sens maléfique !
- Malheur ! Malheur ! récria l'autre.
Leurs cris résonnèrent dans les arbres réveillant ainsi tous les animaux de la forêt.
Lorque Guillo fût enfin un peu remis de sa frayeur, les lavandières avaient disparu.
Il s'imagine avoir rêvé surtout avec tout ce qu'il a bu.
Mais c'est alors qu'il sent l'humidité du drap qu'il porte encore sur son bras.
Tout à fait dégrisé, Guillo n'a plus qu'une pensée : courir jusqu'à chez lui, sans se retourner.
Mais il n'a pas le temps de faire trois pas qu'il entend un énorme grincement.
C'est le grincement des roues d'une charrette qui n'ont pas été graissées depuis des années.
Incapable de faire le moindre geste, Guillo attend, l'oreille tendue.
Mais d'où vient cette charrette ? Il n'y a pas de chemin forestier par ici.
Cependant l'attelage s'approche, et en plus du grincement des roues, il peut maintenant entendre le claquement de sabots sur le sol, et les branches
qui se brisent sur le passage du cheval et de la carriole.
La charrette vient s'arrêter au bord de l'eau.
Le cheval se penche pour se désaltérer.
C'est alors qu'un personnage vêtu de noir s'approche de Guillo, un fouet à la main :
- Holà, l'homme ! crie-t-il. Je cherche un nommé Guillo, est-ce que tu l'aurais vu par hasard ?
Guillo ne répond pas. Ses dents claquent, ses mains tremblent, il a l'impression que sa tête va exploser.
Le mystérieux personnage tourne autour de lui et dit d'une voix rauque :
- Mais je ne me trompe pas ! Tu portes ton linceul sur le bras. C'est donc toi Guillo ! Guillo de Tréhorenteuc.
C'est alors que la lune éclaire le visage de cet étrange personnage.
Guillo, avec une indicible horreur, voit ce visage et le reconnaît : c'est l'Ankou, le Serviteur de la Mort.
Alors, ne pouvant supporter cette vision, Guillo tombe à genoux sur le sol.
On raconte qu'à ce moment il y eut un ricanement qui se prolongea dans les arbres et sur la lande.
Puis un grand bruit de branches brisées.
On raconte que le cheval hennit trois fois et que la charrette s'évanouit dans la nuit.
On raconte que personne n'a revu Guillo, Guillo de Tréhorenteuc, depuis cette nuit-là.
Deux légendes narrées à lire absoluement dans le livre de Claudine GLOT et Marie TANNEUX Contes et légendes de Brocéliande
Merci à WIKIPEDIA, Claudine GLOT que j'ai eu la chance de rencontrer personnellement.
LA CHAMBRE DES REVENANTS (joueurs de cartes)![]()
Certaines nuits il se déroule une étrange partie de cartes entre deux gentilshommes du 18ème siècle.
Un jeu d’outretombe qui se conclut systématiquement par la mort d’un des joueurs, transpercé par la pointe aiguisée de son adversaire.
D’après Claudine Glot , présidente du Centre de l’Imaginaire Arthurien, un chevalier du nom de Philippe de l’Hôpital se présenta un jour au château attiré par les rumeurs locales. Il proposa au Comte de Trécesson d’éclaircir le mystère en passant une nuit dans la chambre hantée. Devant l’inquiétude de son hôte, il lui jura de prendre à son compte tous les risques autant que tous les bienfaits de cette dangereuse aventure. L’affaire fut conclue.
Au beau milieu de la nuit, il fut tiré de son sommeil par des cris. A la lueur de chandeliers, deux gentilshommes disputaient une partie de lansquenet. D’après le tas de pièces d’or qui s’amoncelait sur la table, l’enjeu était de taille ! Suffisamment pour tricher, proférer des menaces et finalement en venir aux mains. Mais avant que la dispute ne tourne au drame, le chevalier tira un coup de feu en l’air, entraînant ladisparition des joueurs, des chandeliers, des cartes et de la table. Seuls subsistèrent les louis d’or comme preuve de l’énigmatique saynète.
Alerté par le bruit, le Comte de Trécesson fit irruption dans la pièce, suivi du chapelain qui pensa devoir administrer les derniers sacrements à l’intrépide visiteur. Au lieu de cela, une bataille juridique s’en suivit pour déterminer qui, du chevalier ou du Comte de Trécesson, devait garder le trésor. Philippe avait pourtantaccepté d’assumer les risques au même titre que les bénéfices qu’il pouvait tirer de cette expérience.
Trécesson pensait le contraire. L’affaire fut jugée devant les tribunaux de Rennes. L’or de Trécesson devint propriété de l’Etat et les compte-rendus de procédure disparurent dans l’incendie du Parlement de Bretagne.
Le chapelain a-t-il, comme convenu, récité des messes pour le repos des joueurs de cartes condamnés à revivre éternellement leur partie fatale ? Pas si sûr compte tenu des rumeurs actuelles. Et sur l’identité des fantômes, aucun indice répertorié à ce jour. Une affaire non classée
LA MARIEE DE TRECESSON ( la dame blanche du château)![]()
Le spectre d’une dame blanche habillée en robe de mariée souillée de terre, hante le petit bois
de hêtres jouxtant le château ou survole les eaux brumeuses du lac. Sa tragique histoire remonte à l’automne de l’an 1750. Une nuit, alors qu’un braconnier guette sa proie près des sombres murailles de Trécesson, il est surpris par un attelage de chevaux noirs tirant un carrosse. Sitôt caché dans un arbre, il distingue à la lueur de torches un étrange ballet de domestiques portant des bêches et des pioches.
L’équipage fait halte et deux gentilshommes font descendre sans ménagement de la voiture une jeune mariée implorante. Inflexibles devant ses supplications, les persécuteurs apparemment ses frères donnent l’ordre à leur personnel de creuser une fosse au pied d’un grand chêne. L’accusant d’avoir déshonoré leur famille, ils la condamnent à être enterrée vivante. Leur sinistre besogne accomplie, les deux seigneurs remontent dans leur voiture et quittent précipitamment les lieux.
Choqué, le braconnier retourne chez lui en toute hâte, sans penser à libérer la jeune femme de sa tombe.
Il raconte à sa femme le crime dont il vient d’être témoin.
Scandalisée par sa lâcheté, elle traîne son mari jusqu’au château mais, redoutant d’être accusé à tort de meurtre si on les surprenait près du cadavre à peine froid de la jeune femme, le couple se rend plutôt auprès du châtelain, Mr. de TRECESSON, pour demander de l’aide. Hélas, toutes ces démarches prennent trop de temps et c’est une victime dans le coma qu’on déterre. Elle décède peu de temps après sa libération.
Profondément affligé par cet événement, M. de Trécesson fait rendre à la malheureuse les honneurs funèbres dus à son rang apparent. Et jusqu’à l’époque de la Révolution, seront exposés sur l’autel de la chapelle du château la robe nuptiale, le bouquet et la couronne de fleurs de la mariée.
Par la suite toucher ces « reliques » permettrait aux jeunes filles de toutes conditions de trouver un époux dans l’année...
Une enquête ultérieure révéla l’identité des protagonistes de cette scène effroyable. La Dame Blanche de
Trécesson s’appelait en réalité Triphine de Kertimeur et vivait avec ses sept frères au château de la Roche-Avrel.
Son mariage secret avec le dernier descendant des Vauferrier, une famille rivale, serait la cause de son châtiment.
L’âme tourmentée de l’infortunée trouvera-t-elle un jour le repos ?
LES SEPT FEES DU MIROIR AUX FEES![]()
On dit qu’il y a bien longtemps sur cette terre, les plantes, les bêtes, les hommes et tous les êtres du Petit peuple (fées, orcs, korrigans, géants…) vivaient en bonne intelligence, en harmonie même.
Mais les hommes, toujours entreprenants, défrichaient sans relâche pour étendre leurs cultures ; ils creusaient la terre pour en extraire la pierre, et puis le fer pour forger leurs outils, mais aussi leurs armes.
Alors, une nuit, tout le Petit Peuple s’est réuni. Longtemps ils ont parlé, et au matin tous devaient en convenir « Etait venu le temps des hommes ». C’est à ce moment que les géants sont partis vivre dans les plus hautes montagnes du monde. Orcs et trolls ont fui vers les plaines enneigées du nord. Les korrigans, minuscules, n’ont eu qu’à se cacher dans les terriers et bosquets. Et les fées, elles ? C’est bien souvent dans l’eau des ruisseaux, des fontaines ou des lacs qu’elles ont trouvé refuge.
Il était alors sept fées, sept sœurs toutes jeunes puisque l’aînée avait à peine 350 ans. Elles aussi ont pris leur envol en quête d’un lieu où vivre à l’abri du regard des hommes. Elles ne sont pas allées bien loin, car au cœur de la forêt, elles ont découvert une vallée paisible, que seuls le cri des bêtes, le chant des oiseaux et le vif gargouillis du Rauco animaient. Au bout de la vallée, ce ruisseau s’évasait pour former un petit étang.
C ‘est là qu’elles ont décidé de se retirer, et sous les eaux de l’étang elles ont bâti leur demeure. La maison terminée, elles se sont réunies et, levant chacune leur main droite, elles ont fait le serment solennel qu’à partir de ce jour plus jamais elles ne se montreraient aux hommes, jamais.
Et c’est ce qui s’est passé. Pour ne pas être surprises par les errances d’un bûcheron ou d’un promeneur, elles restaient tout le jour au fond de l’eau ; et ce n’est qu’à la nuit venue qu’elles sortaient prendre l’air, cueillir les herbes exigées par leurs magies, et pour apprendre encore. Car chacune avait sa spécialité, sa curiosité. L’aînée étudiait le pouvoir des plantes, l’autre lisait les étoiles dans la nuit, la troisième scrutait la roche, une autre parlait des heures durant à tous les êtres visibles ou invisibles, la cinquième se plongeait dans l’infiniment petit qui est en toute chose, la sixième cherchait dans l’eau quelques traces de la mémoire du monde… La septième, la plus jeune, était si vive et si curieuse qu’elle voulait tout connaître, tout savoir. Aussi, chaque soir, elle suivait l’une ou l’autre de ses sœurs et partageait chacun de leurs secrets. C’était donc aussi la plus puissante en magie.
Longtemps, elles vécurent tranquilles dans la vallée. Cent, deux cents, trois cents… mille ans ont passé sans que jamais aucun homme ne se doute de leur présence. Mais, au bout d’un millénaire, la plus jeune des fées autrefois si vivre devenait morose. Elle ne disait plus un mot. Elle s’ennuyait : tous les jours, enfermée. Souvent pour tromper l’ennui, elle se promenait étendue sur le dos, là, juste sous la surface de l’eau, profitant ainsi des rayons du soleil. Un jour qu’elle nageait ainsi entre deux eaux, elle entendit résonner un bruit inconnu. C’était comme un pas, très lourd, mêlant au son de la corne celui du métal raclant la roche. Et cela s’était arrêté au bord de l’étang. Alors, elle a filé jusqu’à la rive ; et là, juste au-dessus d’elle, elle a vu la tête d’un cheval qui s’abreuvait. Elle sa souri. Puis son petit cœur de fée s’est mis à battre, car là, juste au-dessus d’elle, un homme se penchait pour se rafraîchir. « Un homme ? pensa-t-elle. Mille ans qu’elle n’en avait pas croisé. » Que deviennent-ils ? Se font-ils encore la guerre ? Quelles nouvelles inventions géniales ? Qui règne sur le monde des hommes ? » Et il y a ce mystère, certaines fées prétendent que les hommes ont un étrange pouvoir, qu'ils ne sont pas magiciens, non ! et pourtant le plus humble d’entre eux peut tenir la plus puissante des fées à jamais prisonnière à ses côtés .
Mille questions lui brûlent les lèvres… Et, bravant le serment, elle jaillit de l’onde et lui apparaît. Le jeune homme reste un moment bouche bée. Ebahi par tant de grâce et de beauté réunies, il est sous le charme. La fée, de son côté, le trouve bien de sa personne, sans doute un gentilhomme, habillé pour la chasse, il a fière allure. Tout le reste du jour elle va le questionner, parcourant avec lui toute la vallée, lui tâchant de lui répondre au mieux et toujours avec grande courtoisie. Le temps va filler et ce n’est qu’en fin d’après-midi qu’ils rejoignent l’étang. A cet instant, la jeune fée réalise : le soleil est déjà bas dans le ciel et la nuit va venir : « Tu ne dois pas rester là, va-t‘en vite ! » Et le jeune homme, docile, enfourche et talonne sa monture. Le regardant partir, la fée se ravise : « Attends ! Reviens demain, même heure, même lieu ! » D’un signe de la tête il lui répond. Bien sûr qu’il sera là demain. Il n’a plus qu’elle en tête. Alors elle retourne au fond de l’étang. Il était temps. Déjà ses sœurs s’apprêtent pour la nuit. Ses sœurs s’étonnent de la voir rentrer toute guillerette, chantonnant, embrassant le front de l’une, offrant une fleur de nénuphar à une autre. Elle semble soudain pleine de joie. Fatiguée par sa longue marche, la jeune fée s’allonge un instant. Fermant les yeux pour retrouver les images de ce jour, elle s’assoupit. « Il s’est passé quelque chose » pensent ensemble les six sœurs. Aussi, elles forment le cercle et de leurs magies conjuguées, elles lisent dans l’esprit de la cadette. Et elles découvrent l’horrible vérité : « Elle a rompu le serment et, de plus, a laissé cet homme repartir vivant. Il va prévenir les siens. C’en est fini de notre tranquillité. Il nous faut agir ! » Et, reformant le cercle, elles endorment la jeune fée pour tout un jour.
Le lendemain matin, le gentilhomme est de retour. Il a mis ses plus beaux habits et n’a qu’une hâte : la revoir. Mais ce n’est pas sa belle fée qui l’accueille. Sortant de l’ombre, jaillissant de l’eau, tombant des branches basses, ce sont les six sœurs qui se jettent sur le malheureux. Cinq d’entre elles le plaquent au sol, tandis que l’aînée, de ses mains, l’étrangle, le tue. Leur sale besogne accomplie, elles s’en retournent au fond de l’eau. Ce n’est qu’à l’extrême fin du jour que la jeune fée s’éveille. Tout de suite, à la lumière, elle réalise : le temps a filé, la nuit tombe déjà, son chevalier ! Elle court, elle nage –on ne sait trop- jusqu’à la berge et découvre le corps inanimé du jeune homme. C’est d’abord grande douleur, et, pour la première fois de son existence, des larmes emplissent ses yeux. Elle se penche et tend sa main vers le beau visage quand soudain elle aperçoit les traces des doigts meurtriers sur son cou. Après la douleur vient la colère, la terrible colère des fées. « Qui a fait ça ? » Elle n’a plus qu’une idée en tête venger la mort de cet innocent. Elle interroge les arbres, les oiseaux « Sui a fait ça ? » Effrayés, ils finissent par lui dire la vérité : « Ce sont tes sœurs. Mais toi seule es coupable, tu avais promis… » Mais déjà elle n’écoute plus. « Ce sont mes sœurs… » et, les yeux pleins de haine, elle retourne dans leur demeure sous les eaux, bien décidée à accomplir sa vengeance.
Cette nuit-là, l’étang va bouillonner, la terre va trembler, tout le val va gronder du vacarme du combat des fées. Au matin, tout est calme dans la vallée. Au fond de l’étang, la jeune fée se tient débout devant ses six sœurs pétrifiées, paralysées par sa puissance. Sans aucune pitié, elle saisit sa petite serpe et, une à une, elle les égorge. Oh, ce n’est pas par cruauté, non. Elle recueille un peu du sang de chacune dedans un bol, y mêle son propre sang et quelques plants de son secret. Ensuite, elle court auprès du corps du chevalier. Entrouvrant ses lèvres, elle verse la portion sanguine dans sa gorge. La poitrine du jeune homme se gonfle, puis ses yeux s’ouvrent à la vie. Alors elle l’embrasse, de toutes ses forces, elle le serre contre son cœur. Et elle décide d’abandonner ce lieu à jamais maudit, et d’aller vivre avec lui, femme parmi les hommes.
Et l’histoire pourrait s’arrêter là. Sans doute ils furent heureux. Sûrement, ils eurent beaucoup d’enfants. Mais là, au font de l’étang, sont six fées du Petit Peuple qui agonisent. Et de leur gorge, le sang va couler, couler, se mêlant aux eaux de l’étang qui va déborder et se répandre. Sept jours et sept nuits durant, le sang des fées, rampant tel un serpent, par delà les collines et les bois, inondant chaque village, chaque vallée sur des lieues à la ronde va marque à jamais son passage. C’est pourquoi encore aujourd’hui en Brocéliande, la roche et la terre sont rouges, pourpres du sang des six fées de ce petit étang que l’on nomme le Miroir aux Fées.
Forêt de Brocéliande.
Récit des enfants de l'école deConcoret (56
)
Librement adapté par Mr Xavier LESECHE.
Un grand merci aux enfants de cette école et à tout le personnel dirigeant et enseignant. N'oublions pas que les enfants sont notre source de vie... BISE à eux de la fée NADI
Extrait des Contes & Légendes de BROCELIANDE Bibliothèque Celte
Anthologie présentée par le Carrefour de Trécélien Editions Terre de Brume


